Xi'an, les deux villes
Septembre 2025 : l'armée de terre cuite et le palais de Huaqing d'un côté, les ruelles et les marchés du matin de l'autre.
Deux villes en une
Xi'an fait partie de ces noms qu'on connaît depuis l'enfance, surtout pour son armée de terre cuite. Comme la Grande Muraille, c'est un lieu dont on entend parler bien avant de le voir.
J'y suis allé en septembre 2025, pendant mon semestre d'échange universitaire en Chine. Sur place, j'ai eu l'impression de traverser deux villes différentes. Il y a celle des touristes, avec ses sites immenses et sa foule. Et il y a l'autre, moderne elle aussi, mais où certains quartiers vivent plus modestement, parfois dans une certaine pauvreté, à un rythme plus calme et plus sobre.
Cette série suit ce partage : d'abord la ville qu'on vient voir, puis celle qu'on habite, et pour finir un temple sous la pluie, entre les deux.
La ville qu'on vient voir
Les grands sites de Xi'an attirent des visiteurs du monde entier. Malgré la foule, ils restent impressionnants.
L'armée de terre cuite
Les guerriers ont été enterrés il y a plus de deux mille ans près du tombeau du premier empereur de Chine, Qin Shi Huang, puis redécouverts en 1974 par des paysans qui creusaient un puits. Aujourd'hui, la fosse principale est abritée sous une immense voûte métallique.
La visite est agréable, mais il y a énormément de monde. Malgré tout, le lieu impressionne par sa taille : on longe la fosse depuis les passerelles, et les rangs de soldats s'étendent aussi loin que porte le regard.
De plus près, l'impression change. Les statues ne sont pas identiques : les visages, les coiffures et les postures varient d'un soldat à l'autre. L'armée devient une suite d'individus.
Un guerrier dans la terre
Sur les bords de la fosse, certaines statues sont encore à moitié prises dans la terre, là où les fouilles ne sont pas terminées.
Sur cette photo, j'ai isolé l'un d'eux. Un rayon de lumière tombe sur son visage et son armure, et laisse le reste dans l'ombre. Sans les rangs autour de lui, il ressemble moins à un soldat qu'à une personne.
Plus de deux mille ans après avoir été enterré, il est toujours là, dans la même position, au milieu des visiteurs qui défilent au-dessus de lui.
Le palais de Huaqing
Non loin de l'armée de terre cuite, le palais de Huaqing s'étend au pied du mont Li. C'était un lieu de villégiature des empereurs de la dynastie Tang, connu pour ses sources chaudes.
Le grand pavillon rouge porte l'inscription 長生殿, le palais de la Longue Vie. Devant ses marches, des gens dansaient, pendant qu'un téléphérique montait vers la montagne. Je l'ai cadré à travers les branches d'un saule pleureur.
Même sur un site historique très fréquenté, la vie ordinaire reprend vite sa place.
« Je vois Xi'an comme deux villes : les touristes d'un côté, et de l'autre une ville au quotidien plus calme et plus sobre. »
Carnet de route, Xi'an
La ville qu'on habite
Cette autre Xi'an, je l'ai trouvée sans la chercher.
Un matin, en sortant de l'hôtel
Un matin, je suis sorti de l'hôtel pour aller chercher à manger. J'ai pris l'appareil au cas où. Quelques rues plus loin, je me suis retrouvé dans de petites ruelles pleines de vie.
Au pied d'un immeuble ocre, un marché s'était installé sous des bâches roses. Des légumes posés sur des tréteaux, de la vapeur qui monte d'une cuisine de rue, des habitants qui font leurs courses avant la journée. Rien n'y est mis en scène pour les visiteurs.
L'homme au tricycle regarde droit dans l'objectif. Il n'a pas réagi différemment des autres : dans ces quartiers, on se fait beaucoup regarder. Avec un appareil photo à la main, l'étranger devient lui aussi un sujet d'observation.
Personne ne pose, et la ville continue simplement sa matinée.
Un temple sous la pluie
Un autre jour, il faisait mauvais. Je visitais un temple dont j'ai oublié le nom. Il y avait peu de monde, peu de vie, et la pluie tombait sans arrêt.
Puis un homme est apparu derrière le grand brûle-encens. Sous son parapluie transparent, il retirait avec une pince les bâtons d'encens laissés par les fidèles. Les colonnes et le toit du brûle-encens formaient un cadre autour de lui.
Sur la cuve, quatre caractères promettent que toute prière sera exaucée. Lui ne prie pas : il entretient le lieu, un geste simple et quotidien au milieu d'un espace sacré.
Ce que j'en garde
Je suis venu à Xi'an pour l'armée de terre cuite, et la visite vaut le déplacement. Mais la ville ne se résume pas à ses grands sites. Il y a aussi une ruelle au petit matin, un marché sous des bâches roses, un homme qui vide un brûle-encens sous la pluie.
Les deux Xi'an existent côte à côte. L'une attire le monde entier, l'autre continue sa vie sans se soucier des visiteurs. Cette série essaie de montrer les deux.
Photographies réalisées à Xi'an, province du Shaanxi, en septembre 2025.
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